Quand un patron filmait ses employées dans une usine de textile des années 60

Quand un patron filmait ses employées dans une usine de textile des années 60


Une DS flambant neuve trône près des garages. Nous sommes dans la cour de l’usine Depape. Une usine textile du Santerre située à l’est du département de la Somme et, comme dans beaucoup de familles industrielles de cette époque, la maison familiale jouxte l’usine. Le filmeur, Maurice Depape, reprend la caméra de son beau-père, et la filiation est autant industrielle que filmique. Ses films passent de l’intime à la vie des ateliers, des maisons de briques rouges aux jolies ouvrières. Notre filmeur-patron met en scène la sortie des ateliers, les jeunes femmes traversent la cour vélo à la main, souriantes… N’oublions que c’est le patron qui tient la caméra ! Remailleuses, et bobineuses elles viennent de tous les villages environnants, elles font la route ensemble, toujours ensemble. Puis dans l’usine, personne ne semble se soucier de la caméra. Notre filmeur-patron s’attarde sur les différentes activités de l’atelier, mais dans quelle intention ? Un avant-goût des caméras de surveillance ? Ici, le regard d’une jeune fille s’arrête et fixe l’objectif. On ne connaît pas son nom, mais elle regarde pour toutes les autres. Sait-elle que dans les cours de perfectionnement donnés aux cadres masculins, on apprend que “la femme peut faire un travail fastidieux, car elle pense à autre chose” ? Les conseils pour bien “gérer” le personnel féminin ne manquent pas. Il est vrai, qu’à l’époque, on ne parle pas encore de la charge mentale des femmes… L’avenir de la libération féminine n’est peut-être pas encore pour demain…

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *